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....6 mois de voyage à moto en Amé​rique du Sud....

Difficile retour sur l'Altiplano

Jeudi 25 août 2016, nous passons une journée tranquille à Rurrenabaque. Nous consacrons notre temps à l’écriture des carnets de route et au tri des photos de la jungle et la pampa. L’estomac d’Estelle est un peu barbouillé, elle restera donc à l’hôtel pendant qu’Adrien grimpera sur la colline surplombant la ville.

 

Le lendemain, nous vérifions nos motos avant de reprendre la route. On comprend désormais pourquoi l’arrière de la moto d’Estelle semblait bouger énormément. Sa selle est décalée. Elle a perdu une vis qui maintient le berceau arrière en place.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout le châssis arrière est déplacé. On est très désagréablement surpris. C’est une vis d’origine BMW, que nous n’avons jamais touché. Pour ne rien arranger, c’est une vis spéciale, avec un filetage fin et une tête énorme. Inquiets, nous vérifions encore plus en détail les deux motos. Estelle a également perdu une vis qui maintient le protège-chaîne. L’une des vis Touratech qui fixe le support de valises latérales est foutue. Nous la remplaçons, le matériel Touratech ne tient vraiment pas la distance.

 

Sur la moto d’Adrien, tout semble en place. Mais lors du graissage de la chaîne, nouvelle mauvaise surprise. Sur les 6 boulons qui fixent le pignon arrière de la chaîne, il n’en reste que 2 !!! Par chance, les 6 vis sont encore en place. Il est impossible qu’elles tombent tant que la roue est fixée. Nous sommes dégoutés. La route jusqu’ici a été difficile (celle qui était fermée de 7h à 17h et que nous avons terminé dans la nuit noire !). Mais de là à perdre autant de matériel, on n’en revient pas !

 

Adrien part donc en ville à la recherche d’une vis pour le berceau arrière et de boulons pour le pignon. Au garage, ils devront se mettre à trois pour ré-aligner le berceau et placer une nouvelle vis. Bien évidemment, ils ne possèdent pas de vis adaptée, la tête est donc plus petite que sur l’originale. Adrien achète également 12 boulons (on n’est jamais trop prudent). Il les met en place puis nous partons.

 

Nous sommes jeudi, la route entre Rurrenabaque et Coroico sera donc fermée de 7h à 17h. Nous atteignons la zone de chantier à 14h45. A 16h30, l’ouvrier nous ouvre le passage, les motos passent avant les voitures et les camions. Nous roulons jusqu’à ce que les engins de chantier bloquent le passage. Petit à petit, deux files de véhicules se forment de part et d’autre de la zone en travaux. Nous pouvons ainsi confirmer que les taxis boliviens sont des idiots de haut niveau. Tout le monde veut passer en premier, les véhicules se parquent donc en double file. Lorsque la pelle-mécanique souhaite quitter la zone de chantier, elle est coincée par une file de plusieurs voitures à l’arrêt.

 

Commence le Grand Bordel. (Attention aux lecteurs sensibles, le vocabulaire va nettement se dégrader). Les Boliviens savent à peine faire marche arrière. Nous refusons de bouger, nous étions parqués correctement bien avant l’arrivée de toutes les voitures. Le ton monte, Adrien explique méchamment qu’il ne possède pas de marche arrière et que nous ne reculerons donc pas. La route se libère petit à petit et nous pouvons avancer. De nombreux taxis nous ont dépassés dans la zone de parking. De mauvais poil après avoir vu tant d’incivilités, nous roulons à la mode bolivienne. Gaz en grand, nous doublons en klaxonnant comme des imbéciles. Il est hors de question que nous bouffions la poussière de tous ces cons. Nous continuons à dépasser tout en klaxonnant presque en continu. Les Boliviens ne semblent pas apprécier que nous roulions comme eux. Rien à foutre, on continue. Nous dépassons enfin le premier taxi de la file. Nous pouvons enfin distinguer le profil de la piste et éviter les trous et les pierres.

 

Mais voilà que le premier taxi se rapproche. Il tente de forcer le passage pour dépasser. Estelle se décale violemment et freine brutalement devant lui. On ne dépasse pas !!! Nous continuons plein gaz, en nous méfiant des véhicules arrivant en sens inverse. Le taxi essaie encore de dépasser. Nouveau blocage, accompagné de doigts d’honneur. Ce connard nous suit de tellement près qu’il voit à peine où il va. A tel point que lorsque nous évitons une pelle laissée au milieu de la route, il la heurte de plein fouet !! Bien fait !!

Dans un virage, le taxi force à nouveau le passage. Il dépasse sans aucune visibilité. Par chance, personne n’arrive en face. Nous ralentissons, la poussière qu’il soulève cache la piste. A peine 500 mètres plus loin, la zone de travaux se termine par la traversée d’un pont à voie unique. Ce connard de taxi est bloqué au premier tiers du pont, un autre taxi lui fait face. Echange de gestes, le taxi d’en face commence à reculer. Nous nous faufilons entre le taxi et la rambarde du pont. Adrien klaxonne et fait signe au taxi d’arrêter de reculer. Il obtempère. Adrien lui fait ensuite comprendre que le taxi qui nous précède est un débile profond. Eclat de rire du taxi d’en face, qui décide de ne plus reculer. Adrien s’approche ensuite du taxi qui nous dépassé…. Avalanche d’insultes, gestes très déplacés…. Nous repartons en le laissant comme un con au milieu de ce pont, coincé par le véhicule en face qui nous soutient et ne bouge plus.

 

Tous ces kilomètres ont confirmé nos doutes : les chauffeurs de taxi boliviens sont des attardés mentaux.

 

Nous continuons notre route pour rejoindre Coroico.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nuit tombe, nous atteignons une nouvelle zone de travaux. Dans une descente, Estelle ressent un drôle de choc sous la selle. Après vérification quelques kilomètres plus loin, c’est le berceau arrière qui a pété. La tête de la vis était trop petite, le métal a cédé. Mer** !! On ne peut pas réparer sur place, on continue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La route redevient piste et il n’y plus qu’une seule voie de circulation entre une falaise et un profond ravin. Au loin, deux camions se font face. Nouvelle preuve de la mentalité bolivienne (on n’est vraiment pas contents aujourd’hui), aucun d’eux ne veut reculer. Un nouveau camion s’approche derrière nous. Le camion d’en face consent donc à reculer. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais il faut d’abord attendre que les voitures derrière lui le fassent. Et comme d’hab, les boliviens ne savent pas reculer. De nuit, au bord d’un ravin, la manœuvre va prendre du temps, beaucoup de temps. Nous parvenons à nous faufiler entre les deux camions (nos valises latérales passent de justesse sous leur chargement) et nous pouvons enfin attendre Coroico et l’Hôtel  Sol y Luna où nous avions déjà séjourné il y a quelques jours.  La journée a été pénible, nous sommes contents d’avoir enfin rejoint une région moins périlleuse.

 

Le samedi, journée mécanique. Avant de commencer les grands travaux, Estelle parvient à téléphoner à sa maman via What’s App. La communication est très difficile, les paroles sont hachées… on rigole bien à se parler « en bernois ». Très lentement et en terminant nos phrases par « à toi ! » pour s’assurer que l’entier de la phrase parvienne sur l’autre continent.

 

Adrien part ensuite en ville pour réparer le châssis de la GS d’Estelle. Il mettra plus de 3h. En collaboration avec le garagiste, ils enlèveront la vis trop petite (et découvrirons au passage qu’une autre vis tenant le châssis arrière manque…. Reste 2 sur 4 pour tout le berceau arrière…..( mais comment est-ce que BMW fixe ses vis au montage ???).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après démontage d’une partie du châssis arrière, le garagiste créera une nouvelle entretoise sur mesure en utilisant un embout de guidon. Il soudera ensuite une rondelle sur le châssis (heureusement qu’Adrien surveille, car il est train de fondre la torche électrique !!).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils mettront ensuite en place de nouvelles vis et de nouvelles rondelles sur mesure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Inutile de préciser que tout est fait avec les moyens du bord.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Durant ces réparations, Estelle tentera en vain de publier de nouveaux carnets de route. Le wifi est trop médiocre, impossible.

 

Après notre dîner en ville, nous nous renseignons sur la situation à Panduro. Cette ville se situe sur notre itinéraire pour rejoindre Oruro. Les mineurs sont en grève, la route est bloquée. De violents affrontements ont lieu avec les forces de l’ordre. Selon nos renseignements, c’est à coup de pierres et de bâtons de dynamite ( !!) qu’ils protestent. Deux mineurs sont morts depuis le début de la manifestation et un vice-ministre, venu parlementer, a été séquestré et battu à mort. Ambiance.

 

Nous faisons donc un sondage en questionnant les habitants et les commerçants. La mort du vice-ministre a, semble-t-il, calmé les esprits. De plus, demain dimanche, c’est repos. Les mineurs ne manifestent pas le jour du seigneur, ils reprendront leur blocage lundi.

De retour à l’hôtel nous nettoyons nos motos, elles en ont bien besoin.

 

Dimanche, nous partons pour Oruro, sur l’Altiplano. Nous quittons Coroico, 1’750m en direction de la Ruta de la Muerte. Célèbre par sa dangerosité, cette piste rejoint La Paz, à 3’800m en serpentant dans les montagnes, entre falaises et profonds ravins. Depuis plusieurs années, une nouvelle route large et goudronnée existe entre les deux villes (nous l’avons empruntée à l’aller). La route de la mort n’est désormais utilisée que par des touristes. Le must revient à la descente en vélo, proposée par de nombreux tour-operators.

 

Ici, le panneau est bien visible, on roule à gauche. Nous commençons donc l’ascension, Adrien mâchouille des feuilles de coca pour lutter contre le mal des montagnes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La piste est bon état par rapport à ce que nous avons connu entre Rurrenabaque et Coroico. Le paysage est superbe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au loin, nous apercevons les premiers cyclistes… Nous klaxonnons dans chaque virage pour les prévenir, ce qui n’empêche pas le premier arrivé d’être complètement terrorisé par notre présence. Freinage d’urgence pour Adrien, qui parvient à l’éviter. Paniqués, les autres touristes se rapprochent tous de la falaise (qui est à gauche) et restent donc en plein sur notre voie….. A se demander si les guides les ont informés qu’il fallait rouler à gauche et que non, ils ne sont pas seuls au monde !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous rejoignons finalement la route goudronnée et atteignons La Paz. Estelle est tendue, la circulation risque d’être difficile. Heureusement, le dimanche les routes sont moins fréquentées. Nous atteignons l’autoroute qui ne possède qu’une seule voie dans ce sens. Nous dépassons deux véhicules en panne (nouvel exemple du crétinisme du chauffeur bolivien) : il voit que son moteur cafouille et qu’il va se retrouver à l’arrêt. Pour autant, il ne choisit pas de s’arrêter au bord, mais reste bien au milieu et bloque donc tout le trafic derrière lui.

 

Après 40 km, nous quittons la ville et roulons sur une véritable autoroute à deux voies. Nous dépassons la ville de Panduro (lieu des émeutes et des combats à la dynamite) sans encombre, il n’y a effectivement personne ! Nous arrivons enfin à Oruro, ville sale et polluée par les mines alentours. Nous logeons à la Residencial Vergara. Lit ultra dur, pas de fenêtre mais accueil sympathique. Nous faisons un rapide tour en ville malgré de fortes rafales de vents chargées de poussière. Aucun bancomat n’est ouvert, nous soupons et rentrons nous coucher.

 

Le 29 août, journée tranquille en perspective. Nous avons 300 km à faire sur une route goudronnée pour rejoindre Uyuni et son sublime salar. Après 90 km, l’horizon est bouché, le ciel couvert. Après 100 km, début de l’enfer. De violentes rafales de vent soulèvent des tonnes de poussière. La visibilité est mauvaise.

 

Nous continuons en espérant une amélioration. Un panneau indique la présence de dunes de sable. Le vent forcit, le sable pénètre partout. Les rafales sont toujours plus violentes. La visibilité est encore plus limitée, nous évitons de justesse un 4x4 arrêté au milieu de la voie. Le sable rentre dans nos casques et nos yeux. Arrêt pour se frotter les yeux, la douleur est réelle. Que faire ? Attendre ? Continuer ? Nous stoppons une voiture et posons la question. Cela peut durer des heures !! Il nous reste plus de 130 km. Nous repartons, le vent est tellement chargé de sable que par moment la visibilité est réduite à moins d’un mètre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous tentons de boucher nos casques en mettant la main sous la mentonnière. Le sable continue de rentrer dans nos yeux, on pleure en permanence et on n’y voit plus rien. Les rafales atteignent les 80 km/h, nous sommes déséquilibrés, nous tanguons et tentons de rester sur notre voie. Un panneau indique ensuite la présence d’un village, impossible de distinguer la moindre maison. Nos yeux nous brûlent, nous continuons péniblement. Il nous reste encore 75 km, nous sommes au bord de la crise de nerfs. C’est quoi ces conditions de malade ?

 

Durant toutes nos recherches sur la Bolivie, nous n’avons jamais rien lu concernant les tempêtes de sable ! On souffre, nos yeux nous brûlent de plus en plus, nos joues et nos lèvres sont irritées par le frottement du sable. Parfois la visibilité s’améliore et nous distinguons les 200 prochains mètres. Gaz en grand, nous fonçons aussi vite que possible pour sortir de cet enfer. Mais bientôt de nouvelles rafales balayent la route, nous roulons au pas en tentant de suivre la ligne blanche du côté droit de la chaussée. Adrien continue de se frotter les yeux, Estelle a abandonné. Elle cligne en continu et pleure. La tempête ne faiblit pas, on devient de plus en plus dingues. Purée, mais quelle galère ! On se fait violence et on garde le cap.  La douleur nous énerve. Nous devions passer une journée facile, rien que du goudron et une distance raisonnable. Et voilà que l’on rencontre une tempête de sable alors qu’il n’y a même pas de désert à proximité ! On devient fou, la douleur s’amplifie et le vent ne faiblit pas. Selon le GPS, nous longeons à présent le célèbre salar d’Uyuni. Nous distinguons à peine les panneaux, impossible de voir l’étendue salée. Le vent est tellement chargé de sable que nous entendons les grains frotter contre la visière du casque.

 

Nous atteignons enfin Uyuni et l’Hôtel Tonito. Nos visages sont dévastés, nos yeux rouges et irrités.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le prix de la chambre est beaucoup plus cher que prévu (450 BOB), tant pis, nous voulons absolument nous abriter à l’intérieur. Il est 14h, nous sommes dégoutés par cette journée. Le moral est au plus bas, nous encaissons difficilement le coup. Il nous semble que les mésaventures surpassent les belles aventures. Nous sommes conscients que ces 6 mois ne vont pas être de tout repos, mais il semble que la poisse nous poursuive. Une tempête de sable en plein Altiplano bolivien ! Inconcevable !

 

La chambre est en excellent état et la douche ultra chaude. Nous ne sortirons plus à l’extérieur, les conditions sont toujours aussi pénibles. Bonne nouvelle, le wifi est très performant, nous pouvons publier deux nouveaux carnets de route. Cette nuit, la température descendra en dessous des -10, le radiateur et les nombreuses couvertures sont les bienvenus.

 

Demain est un autre jour, espérons qu’il sera plus clément.

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Vidéo prise avant que la situation n'empire.... 

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